Je suis rond, je suis long, je suis droit, je suis plus gros
que le plus gros de tes doigts. Je suis grand, je suis petit, je suis comme un sou neuf qui ne vaut pas un clou. Je suis blanc, je suis noir, je suis jaune, je
suis violet, je suis rose. Long et blanc ? Oui, mais rond et blanc aussi.
Long et rose, non, mais long et noir oui. En vrai, je suis multiple et j’ai
bien des secrets. Je suis là tout le temps, je suis là partout, aussitôt parti que me revoilà et je
suis aussi l’ami des grands et des petits. Jeune je pique, mais
surtout, j’affole français et japonais. D'antan, on m'offrait dans les bars et les cafés... j'entretenais la soif et l'argent perdu était vite retrouvé. Les uns me couvrent de gros sel et de
beurre, les autres me lactofermentent avec rigueur. Je suis un radis, un
légume, le meilleur ami des jardiniers épuisés, de Ray Charles et des cuistots pressés. Je suis si facile à planter, si
simple à récolter ou à cuisiner! Avec moi, il n’y a rien à préparer ou à peine à m'enduire d'un peu d'huile pour m'oublier pendant que vous mettez une branlée à Tekken 4 à votre fiston qui vient de rentrer. Si vous me redoutez
autant, c’est que la moutarde qui est en moi vous monte au nez, si vous m’aimez
tellement, c’est que j’aiguise votre
appétit. Certains enfants me fuient, mais la plupart se font un plaisir d’happer
l’air pour apaiser leur palais une fois qu’ils m’ont croqué. J’aide vos corps à
se préparer à l’hiver, je protège vos cellules du stress et vous empêche de gonfler et même de
péter. Je suis plein des vitamines C et B9, mais je vous offre aussi mon
magnésium, mon potassium et les fibres de mon petit corps blanc de pureté ou
coloré à vous en faire rêver. Ma vraie botte secrète c’est que mes fanes sont
bourrées de fer et qu’avec moi, il n’y a rien à jeter. Popeye cet idiot, aurait
dû m’écouter. Elles se mangent crues, en velouté, en khadi ou en mousse fraîche
d’été. Elles se mêlent, elles aussi, avec bonheur au beurre et épicent les couscous ou pimpent les furikaké. Mais surtout, mon
ambition à moi, c’est tous ces gens qui grignotent devant la télé. Ce qu’il
leur faut en fait, c’est pas forcément ces cochonneries sucrées ou salées, mais
juste un truc qu’ils peuvent compulsivement boulotter. C’est là qu’en petit
modèle je me poserais en roi : plein d’eau de nutriments et de vitamines, croqué
en à peine deux bouchées, croquant, frais et inoffensif pour leur ligne, je
défie n’importe quel M&M’s de vouloir avec moi se mesurer ! Fermez les yeux et imaginez un monde sur lequel je régnerais: comportementalistes en déroute, usines de chocolat nauséabondes fermées, obèses longilignes et plus d'ongles rongés!
J'ai la banane!
Je suis jaune, je suis verte, mon corps se couvre de tâches,
et je finis souvent seule, noire. Au fond, je suis blanche, je suis beige, je
suis crème en vrai, mais je rougis aussi, la peau-rouge c’est comme ça qu’ils m’ont
aussi appelée. A tous les âges de la vie, de par mes origines, les racines de
ma famille, j’expérimente une teinte et je
suis stigmatisée. Ce qui est drôle c’est que ça n’est jamais pour la même
couleur. Y’a ceux qui me déshabillent, me dévorent puis me jettent, mais qui
jamais ne comprennent ce que j’aurais pu leur apporter. Y’a ceux qui ne m’aiment
que fraîchement pubère, ou qui ne me remarquent que lorsque je suis sur le
point de les quitter. Je suis une banane, un fruit, un légume, qui selon les
tropiques, est plus ou moins éthique à consommer. Je suis pleine de tryptophane,
l’acide aminé qui permet à la sérotonine, l’hormone de la bonne humeur de circuler
dans le cerveau et nous mettre du bon côté de la chaussée ! Ma réputation
sulfureuse d’être pleine pleine de sucre, c’est vrai, me précède et effraie les
fashionistas et les minets, mais les sportifs, les chamans, les médecins et les
cuisiniers le savent, c’est grâce à ça que les sels minéraux comme le
potassium, le magnésium, le cuivre ou le phosphore, sont grâce à moi si bien
assimilés et permettent à votre fatigue
de s’envoler… Plus je suis mûre, plus je suis digeste, et quand on vous dit qu’il
ne faut pas me manger quand vous êtes constipés, c’est une bêtise, car ce qu’il
y a de bien justement avec moi, c’est que TOUT en moi est merveilleux, comme le
riz, avec moi, il n’y a pas de rejet, tout est utile, utilisé. Si vous me mangez
sans ma peau, surtout, il ne faut pas la jeter, elle servira à toutes sortes de
trucs et astuces ménagers, et pensez-y moi, fruit roi du pique-nique, si vous êtes
piqué, mordu ou brûlé, en cataplasme, je peux vous sauver. Laissez-moi, jusqu’au
bout vous aimer, enterrez-mes restes dans vos potagers, ce que je ne ferai pas
pour vous, je le ferai pour vos plantes et rosiers. Je suis même capable de
purifier les sols et les eaux contaminées !
namnamfood face au présent...
Nous sommes tou.te.s:
- de "simples" mangeur.se.s, ne mangeant que pour survivre et/ou;
- des consommat.eur.rice.s, des personnes dotées de moyens financiers leur permettant à leur échelle d'infuencer le marché et/ou;
- des professionnel.le.s, des spécialistes ayant sur toute ou partie de la chaîne alimentaire (de la production de l'ingrédient à son dressage industriel, semi-industriel ou artisanal) un regard et/ou un impact instruit.
Nous avons tou.te.s en commun le fait que nous mangeons, c'est à dire qu'à un moment ou à un autre nous:
- subissons l'impact de nos choix alimentaires, consciemment ou pas;
- impactons notre environnement par nos choix alimentaires, consciemment ou pas;
- faisons preuve de conservatisme et/ou d'innovation dans nos manières de cuisiner/manger, consciemment ou pas.
Les enjeux sur le plan alimentaires se présentent ainsi selon nous:
- comment survivre sans mourir à petit feu (la mal bouffe au sens large)?
- comment acheter sans s'endetter?
- 1. Dans l’immédiat en achetant trop cher relativement à ses moyens (par exemple du bio)
- 2. Dans un second temps en payant plus de cotisations (par exemple en n’achetant pas du bio mais en devant, à moyen terme, accepter d’augmenter la part de dépenses de santé de la société dans son ensemble liée à l’utilisation de pesticides et à l’alimentation de mauvaise qualité)
- 3. Dans un troisième temps en augmentant la part de dépenses environnementales permettant la gestion de nos déchets et du renouvellement de nos ressources énergétiques ;
- comment mieux manger sans devenir un expert?
Les chefs, les mamans, les papas et les passionnés de cuisine et de chimie en tous genres, partout dans le monde, participent à nourrir, c'est le cas de le dire, plusieurs pistes pour répondre à ces défis:
- manger moins de produits d’origine animale pour préserver l’environnement ;
- manger plus de végétaux pour préserver notre santé ;
- manger des aliments vivants et riches en bonnes bactéries, vitamines et nutriments, plutôt que sur-emballés, dévitalisés et plein de pesticides et autres formules magiques chimiques ;
- manger des alicaments naturels plutôt que des médicaments… chimiques pour prévenir plutôt que guérir;
- réduire la part de déchets alimentaires directs (fanes, épluchures etc.) et indirects (emballages, jetables etc.) ;
- réduire la part d’énergie gaspillée à produire des aliments exotiques et hors saison plutôt qu’à développer l’utilisation d’aliments locaux, saisonniers et distribués en circuits courts ;
- manger ensemble, à plusieurs, car on mange alors plus lentement, dans un moment consacré à la convivialité et qui permet à l’organisme de se régénérer de manière holistique plutôt que de simplement se sustenter.
Faire face au présent lorsqu'on est des métiers de bouche consiste à se poser ces questions quotidiennement et rigoureusement dans sa pratique, à chaque fois qu'on pense un plat du jour, et à y répondre de manière simple.
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